Banniere
Banniere
accueil
accueil
  Les contes ... 


Le Paysan de Chevalrigond 1  


Il y avait une fois, mais il y a bien longtemps de ça, un vieux paysan madré, qui en a fait voir au diable de toutes les couleurs. Il demeurait au village de Chevalrigond. Son père, vieux palefrenier de l’ancien château, lui avait appris toutes les ruses du métier, et ce garçon, qui n’était pas bête du tout, est devenu si rusé que jamais le diable n’a pu le refaire.

Le vieux madré avait un champ qu’il finissait de labourer avec ses deux petites vaches brunes et bien cornées. L’aiguillon sur l’épaule et sa limousine sur le dos, il allait sortir de son champ par l’entrayer 2, quand il aperçut un petit bout d’homme de rien du tout, accroupi sur une pierre comme un tailleur sur sa table, et se chauffant les mains devant un tas de braise encore rouge : « Tiens ! dit le laboureur, ce pauvre petit bonhomme de rien, ça m’a tout l’air d’être le diable qui est venu voir, après mon labourage, si je n’avais pas trouvé le trésor que l’on dit être caché dans mon champs ». Il allait droit à lui, et sans être embarrassé de parler au roi des enfers, il lui demanda ce qu’il faisait là, dans son champ ?

-        Rien, lui répondit Satan, sans même le regarder en face. Dans tous les cas, je ne te fais aucun mal, et je crois ne pas te gêner ici.

-        Marchand de soufre et de charbon, tu gardes un trésor qui est caché là, sous la grosse pierre que je n’ai jamais pu remuer !

-        Précisément, lui répondit le démon. Il n’y a pas longtemps, n’as-tu pas attelé une douzaine de vaches pour la remuer ? Tu en attellerais douze douzaines que tu ne pourrais la faire bouger sans ma permission. Sais-tu que mon trésor contient plus d’or et d’argent que tu n’en as pu voir.

-        Mais, lui répondit le laboureur, ce trésor est plus à moi qu’à toi, il est dans mon champs et, toi-même, tu n’as pas le droit de rester ici sans ma permission. Je suis le maître ici.

-        Oh ! ne t’emporte pas. Tiens, si tu veux, nous allons partager le trésor, à la condition que nous partagerons la récolte de ton champs l’année prochaine.

-        Si ce n’est que ça, c’est chose convenue.

-        Tope là ! lui dit le diable, en lui présentant sa main crochue.

-        C’est marché conclu, lui dit le paysan. Veux-tu la récolte du dessous ou bien celle du dessus ?

-        Je prendrai la récolte du dessus, dit Satan ; fume bien ton terrain, et à l’an prochain.

Le rusé laboureur sema des raves et la récolte du diable se borna à des feuilles…

-        Maigre pitance, dit Satan. Eh bien ! changeons les rôles. Si tu veux, l’an prochain, je prendrai le dessous et toi le dessus.

-        Ca y est, à l’année prochaine !

Le laboureur bien avisé sema du bon blé et, à la moisson, le diable ne récolta que des étroubles 3.

Le paysan, qui avait tenu ses engagements, souleva sans peine la pierre où le diable était assis, et s’empara du trésor. Satan, sans dire un mot, grinçait des dents, la rage au cœur…

Peu après cette première aventure, Satan avait acheté une petite ferme, tout à côté du laboureur de Chevalrigond et, devenu son voisin, il lui proposa de conduire ses cochons gras avec les siens à la foire du Mayet-de-Montagne. Ils en avaient chacun six, de la même grosseur ou à peu près. Au moment de partir, Satan fut retenu par une grave affaire qui l’appelait en Auvergne et il dit à son voisin : « Vends-moi mes cochons avec les tiens et, pour les reconnaître, coupe donc la queue aux tiens. »

En route, le paysan coupa la queue de ceux de Satan et piqua les queues dans un profond bourbier, large et marécageux, qui se trouvait près du chemin ; puis, arrivé au Mayet-de-Montagne, il vendit les douze cochons et empocha l’argent.

Le diable arrive le surlendemain pour régler son compte avec son voisin ; mais celui-ci lui dit : « Nos comptes seront bien réglés : tes cochons ont pris le chemin de l’étang, et tous les six se sont embourbés au plus profond du marécage. J’ai appelé au secours, personne n’a répondu. Les gens allaient tous à la foire et je n’ai pu faire seul. Allons donc vers le marécage et je t’expliquerai ce que j’ai fait pour sauver ces pauvres animaux. »

Arrivés là, ils virent les six queues de cochons au-dessus de la vase et, avec beaucoup de peine, ils atteignirent l’endroit où ces bêtes s’étaient soi-disant enlisées. Les deux hommes faillirent subir le même sort. Satan parvint à saisir l’une des queues, qui lui vint à la main. Ils renonçaient à tenter le sauvetage, quand Satan demanda au paysan si ce ne seraient point ses cochons à lui qui se seraient embourbés.

-        Mais non ! lui répondit l’autre, j’avais coupé la queue aux miens, et tu vois bien encore les queues de tes malheureux cochons…

-        Encore une de plus, dit Satan ; tu m’as joué un tour, mauvais chrétien…

-        Pas du tout, puisque tu as les queues qui te prouvent le contraire.

-        Bien ! dit Satan, je n’étais pas là pour le voir ! Pour en finir, je sais bien que tu m’as volé mes cochons. Je te propose un duel à mort !

-        Accepté ! avec quelle arme ?

-        Moi, dit Satan, je garderai mon bâton noueux.

-        Et moi je prendrai une perche, mais à la condition que je me mettrai dans le four. Tu as choisi l’arme qui te convenait, moi je choisis le terrain.

-        En garde !

Le paysan, blotti dans le four, gaulait d’importance le diable qui ne pouvait l’atteindre avec son gourdin…

-        Assez, assez ! dit Satan, je rends les armes, mais je veux ma revanche. Allons nous battre au milieu du champ, et changeons d’armes.

Satan prit la perche et son adversaire le gourdin, mais Satan était petit, la perche lourde et longue, et il pouvait à peine la soulever, tandis que le rusé paysan fit tourner son gourdin et, d’un seul coup, renversa le diable.

-        Grâce ! lui dit Satan, grâce ! Rentre chez toi et moi dans ma métairie.

Mais le diable, blessé, ne put faire que quelques pas et chancela.

-        Tiens ! lui dit le paysan, j’ai pitié de toi, je vais aller chercher ma charrette et quelques bottes de paille pour te transporter chez toi…

-        Non, dit Satan, si tu le veux, conduis-moi au Montoncelle. C’est demain le jour du grand sabbat. Les Chargh’rods de Châtel vont s’y trouver. Fais-moi donc cette générosité.

Aussitôt, le paysan alla chercher sa charrette, tandis que Satan, tout meurtri par les coups de bâton qu’il avait reçus, hurlait de douleur et disait : « Mon trésor, deux récoltes, mes cochons et le duel ! Quand même, tout Satan que je suis, j’ai manqué d’énergie, mais demain, au grand conseil du sabbat, je vais le déférer au grand juge ! Il me fera rendre justice. »

Le paysan arrive, couche le diable sur un lit de paille, et lui propose le sentier des Rides au lieu de passer devant chez Pion, car ceux-ci pourraient bien leur faire un mauvais parti : ils ne supportent pas que l’on aille au Montoncelle sans leur permission. Ils passèrent donc aux Rides, et ils étaient près d’arriver au sommet de la montagne. Mais il y a là un mauvais tournant, bordé d’un profond précipice caché par les cimes des sapins. Sans dire mot, le paysan descend vivement de sa charrette pour conduire le cheval par la bride, et il enlève adroitement la clavette du timon : la charrette bascule, et Satan est précipité dans le ravin, au fond duquel il tombe, laissant ses bras, ses jambes, son corps accrochés aux rochers ; sa tête cornue roula jusqu’au plus profond du précipice et, cette fois, le Satan de Chevalrigond était bien mort.

Les sorciers portèrent ses membres sanglants au Montoncelle et les enterrèrent sous l’une des trois grosses pierres que l’on y voit encore.

   

François Perot


1 - Conté par J. Dravet, à Montaigu-le-Blin (Allier). Chevalrigond est un petit village avec un ancien château, dans la commune de Ferrières, en pleine Montagne Bourbonnaise.

2 - L'entrée.

3 - La première partie de ce conte existe aussi en Allemagne, où elle a été recueillie par les frères Grimm, et se retrouve encore, mais avec une variante, dans la légende de la plage du Mont-Saint-Michel.


Le fin voleur


Il était une fois, une pauvre femme qui pour tout espoir de sa vie n'avait qu’un seul enfant ; mais il faisait preuve d’un esprit si rusé, et en toutes choses d’une habilité si merveilleuse, que la mère reprenait courage en le voyant grandir.

Lorsqu’il fut temps de le mettre en apprentissage, elle lui demanda de quel métier il faisait choix pour gagner honorablement sa vie. Sans hésiter, il répondit : «je veux être fin voleur!».

Ni les raisonnements, ni les prières, ni les menaces ne parvinrent à faire changer sa résolution, et toujours il répondait : «Je veux être fin voleur!».

Ne sachant à quel saint se vouer, la mère s’en alla tout en larmes consulter les commères du voisinage pour savoir ce qui convenait de faire en vue de combattre une aussi funeste vocation.

On lui répondit de se rendre à l’église où elle demanderait conseil à la Bonne Vierge.

Mais le petit bonhomme se tenait toujours aux écoutes: il avait entendu toute la délibération; aussi, le lendemain, quand la mère entra dans l’église, il était depuis longtemps caché derrière la statue de la Bonne Vierge.

«Sainte Vierge», disait tout haut, avec une grande ferveur, la pauvre femme désolée, « inspirez-moi, je vous en prie, et dites-moi quel métier doit choisir mon enfant!»

«Il sera fin voleur, ma brave femme, fin voleur!» lui fut-il répondu.

Elle revint chez elle bouleversée.

«Eh! bien, ma mère demanda le fils avec un air innocent, la Bonne Vierge ne vous a-t-elle pas dit que je devais être fin voleur?»

«Hélas! mon enfant, que Dieu te protège! Mais j’ai toujours entendu bien mal parler du métier que tu veux choisir.»

Le bonhomme devint donc Fin Voleur. Et d’une habilité! jamais on n’avait vu chose pareille.

Les finesses des plus rusés voleurs de la Montagne, du Sapinot, du Cadet-Poinson, du Signabin n’étaient que jeux d‘enfants en comparaison de ses hauts faits merveilleux.

Un jour il eut envie de voler le lard du curé de Ferrières.

Le bon curé avait suspendu un énorme quartier de lard aux solives de sa chambre, et comme le brave homme était gros et gras, et goutteux par dessus le marché, il ne sortait presque jamais.

Quand il était forcé de mettre le nez dehors, toujours son vicaire le remplaçait dans sa chambre , de sorte que jamais il n’y eut dans le monde un morceau de lard aussi bien gardé.

Mais le Fin Voleur combina si adroitement son entreprise que toutes les précautions furent inutiles; et voici comment il vint à bout d’accomplir son projet.

Sachant que le sacristain était d’un esprit simple et crédule, et peureux comme un lièvre, il l’aborda en simulant une frayeur épouvantable :

«Depuis quelques jours, lui dit-il, le cimetière est hanté par des vampires qui mangent les os des morts : quand ils auront fini de manger les morts, mon ami, gare aux vivants! Les plus près passeront les premiers, et cela ne tardera guère si M. le Curé ne vient pas conjurer les revenants.»

Précisément le sacristain demeurait à la cure, à deux pas du cimetière, il rentra terrorisé, épouvanté, les cheveux droits sur la tête, et le soir, quand il se mit au lit, sa figure était aussi blanche que ses draps. Voilà qu’à minuit il est tout à coup réveillé par un bruit insolite comme si on broyait des os dans le cimetière et comme si on remuait des tombes avec fracas. Il saute à bas de son lit, monte quatre à quatre les escaliers du presbytère, entre dans la chambre du curé et se met à crier à pleins poumons : «Monsieur le Curé, venez vite conjurâ lou revenants qui mingeont lou môrts.»

Puis, sans donner au curé le temps de répondre, il le charge sur ses épaules et le porte dans le cimetière, par une nuit plus noire que les cornes du diable.

Or le Fin Voleur avait posté dans le cimetière un de ses meilleurs élèves, en lui disant :

«Voilà des os de bœuf et de mouton, tu vas les broyer; et voilà une barre de fer, avec laquelle tu vas remuer les tombes en faisant le plus de bruit possible . Tu verras que dans un instant je vais revenir avec le lard du curé sur les épaules.»

Lorsque le sacristain, chargé du curé, arriva dans le cimetière (comme nous l’avons dit), il faisait tellement noir que l‘élève du Fin Voleur, le faux revenant, crut voir son camarade portant le fameux quartier de lard sur ses épaules.

Il demanda à voix basse : «Ah! le voilà? Est-il bien gras?»

Le sacristain s’imagina que le revenant s’apprêtait à dévorer sa proie; aussitôt, jetant le curé à terre, il se sauve à toutes jambes en répondant :

«Gras ou mouaigre, le vétchi»

L’apprenti voleur eut vite fait de s’esquiver. Quant au bon curé, il essaya de revenir au presbytère, mais heurtant dans l’obscurité les pierres tombales qui avaient été bouleversées, s’entravant à chaque pas, trébuchant, n’y voyant rien, il appela à grands cris son vicaire et sa servante qui accoururent au bruit, avec des lanternes.

Quand le curé rentra chez lui les revenants ne lui avaient pas fait de mal, mas le Fin Voleur avait volé son lard.

Inutile d’ajouter que l’aventure ayant fait beaucoup de bruit, il acquit par là une grande réputation.

Il entreprit de jouer tous les tours possibles à un riche seigneur de la contrée qui s’appelait M.de Bondiner : il luit dérobait ses bœufs, ses moutons, ses cochons, ses sacs de farine, au nez et à la barbe de tous les gardes et de tous les métayers.

Le Seigneur de Bondiner cherchait à débarrasser le pays de ce dangereux voisin en lui tendant un piège savamment machiné.

Un jour donc, ayant appris que le Fin Voleur se vantait de pouvoir dérober, quand il le voudrait, les draps du lit où deux personnes seraient couchées, il vint vers le rusé compère et lui dit :

«Je parie la bourse que voilà - elle est pleine d’or - que tu ne voleras pas cette nuit les draps du lit où je couche avec ma femme.»

Le pari fut tenu; l’enjeu en valait la peine.

A minuit, par un magnifique clair de lune, le seigneur de Bondiner fut réveillé en sursaut : quelqu’un cherchait à ouvrir sa fenêtre.

Il regarde; il reconnaît le Fin Voleur qui se voyant découvert, disparaît un instant, puis reparaît de nouveau, heurte la vitre, disparaît encore, puis recommence ce manège plusieurs fois, apparaissant à la fenêtre et disparaissant.

Le seigneur de Bondiner se lève en catimini et prend son meilleur fusil de chasse.

«Ma femme, dit-il, réveille-toi, mais n’aie pas peur! Le piège a réussi au delà de toutes mes espérances; le coquin est bel et bien pincé; tiens, regarde: tu reconnais son chapeau et son habit? Tu vas voir le drôle dégringoler un peu proprement.»

Il vise longuement; et puis pan ! il tire sue le Fin Voleur qui reçoit la charge en pleine poitrine et dégringole avec fracas.

«Touché ! Bravo ! criait le seigneur de Bondiner au comble de la joie. Ma femme, allons voir si le drôle a reçu son compte.»

Ils descendirent en toute hâte dans le jardin pour constater le décès de l’imprudent visiteur. Mais ils ne virent en fait de mourant qu’un mannequin de paille, soigneusement habillé avec les vêtements du Fin Voleur et que celui-ci avait manœuvré en le tenant au bout d’une perche.

Pendant cette visite au jardin, notre homme travaillait si bien que lorsque les seigneur et dame de Bondiner rentrèrent dans leur chambre, les draps du lit avaient déjà disparu.

Le lendemain le seigneur de Bondiner dit au Fin Voleur :

«Je parie ces deux bourses pleines d’or que tu ne voles pas cette nuit mon cheval dans mon écurie.»

Le drôle tint le pari sans sourciller.

A la tombée de la nuit Bondiner passa une paire de pistolets dans sa ceinture, fit seller son cheval, l’enfourcha, puis ayant appelé trois de ses domestiques, il leur dit :

«Nous allons garder mon cheval, tous les quatre à la fois, pendant toute la nuit. Attachez-le avec trois cordes; la première sera nouée à la bride de droite, la seconde à la bride de gauche, et la troisième à la queue; chacun de vous en tiendra une à la main jusqu’au lever du soleil : moi, je resterai en selle; et que diable ! je verrai venir.»

Il faisait nuit noire, noire comme un four. Avant qu’on ne fermât les portes de l’écurie, le Fin Voleur s’y était déjà faufilé et caché, et comme vous pouvez le croire il ne remuait ni pied ni patte.

Vers minuit, n’entendant rien de suspect, le seigneur de Bondiner voulut se reposer un instant : «Ma foi! dit-il, je suis fatigué d’être juché là-dessus, et je veux faire un somme. Vous êtes assez de trois pour garder mon cheval. Dès que je serai reposé je remonterai à mon poste et l’un de vous dormira, et ainsi de suite à tour de rôle.»

Cela dit, il s’étendit sur la paille et ne tarda pas à s’endormir profondément.

Après avoir attendu un moment, le Fin Voleur, profitant de l’obscurité, grimpa sur le cheval comme s’il eut été le seigneur de Bondiner en personne, et s’adressant au domestique qui tenait la corde attachée à la queue : «Je suis remonté à mon poste, dit-il à voix basse, va dormir à ton tour; je te réveillerai lorsqu’il sera temps d’en laisser dormir un autre.»

Le domestique ne se fit pas prier et le Fin Voleur put librement détacher la corde et la nouer non plus à la queue du cheval mais à un anneau qui était scellé dans le mur.

Puis, après avoir attendu encore un moment, il réveilla le domestique : «Tu as assez dormi, reviens prendre la corde et tiens-la solidement. Je ne veux pas m’exposer à me faire voler mon cheval.»

Il envoya dormir à tour de rôle les deux autres domestiques et attacha les trois cordes au même anneau.

Puis il leur dit en contrefaisant merveilleusement à voix basse le seigneur de Bondiner : «Je sais que vous tombez de sommeil. Eh bien, puisque je suis en selle, je vous permets de vous couchez et de dormir, à condition que chacun de vous enroule solidement une des cordes autour de son bras. Vous comprenez que cela ne risque rien, et d’ailleurs la nuit est presque terminée.»

Les domestiques ne se firent pas prier; et bientôt le fin Voleur, ayant entre ses jambes le cheval complètement détaché, entendit le seigneur de Bondiner et ses valets ronfler comme des toupies.

Avant jour, dans une obscurité encore complète, Bondiner se réveilla et se mit à crier d’une voix de tonnerre :

«Eh ! bien, marauds avez-vous fait bonne garde?»

Réveillés en sursaut, les domestiques répondirent :

«Oh! oui , maître, nous avons encore les cordes enroulées autour des bras.

«Allons, tout va bien, répliqua-t-il, je vais remonter sur ma bête, et foin du coquin s’il se présente ! j’ai dans ma ceinture de quoi le tenir à l‘écart.»

Mais il fut bien étonné de s’entraver dans ses cordes et de ne trouver ni selle ni cheval, et il se mit à pousser des cris de fureur.

«Ne vous fâchez pas, notre maître, dirent les domestiques, sûrement la bête n’est pas partie; nous avons encore les cordes à la main; cherchez seulement l‘étrier.»

Le seigneur de Bondiner ne trouvait pas plus l’étrier que le reste et continuer à tempêter, lorsqu’on apporta une lanterne pour mieux éclairer la situation. Maître et valets eurent beau tourner, virer, chercher le cheval jusque dans la litière, ils n’aperçurent que trois cordes attachées au même anneau.

Vous pensez bien que pendant leur sommeil, le Fin Voleur et sa monture avait filé tranquillement.

Ce ne fut pas la dernière prouesse de notre héros : il renouvela les plus incroyables entreprises pendant de longues années, sans devenir plus riche une fois qu’une autre: ce qui vient par la flûte, s’en va, dit-on, par le tambour.

Il finit par tomber dans une embuscade et fut tué par des gâpians.

Mai il y a tellement longtemps de tout cela, que s’il est vrai qu’on parle encore du Fin Voleur, personne ne se souvient de l’avoir connu.



Conte recueilli: 1° par M. l’abbé Renoux, curé de Lavoine; 2° par Marie Roche, de la commune de Molles. Un recueil intitulé : les contes de la Veillée, par Frédéric Ortoli, contient une version du fin Voleur qui paraît avoir été recueillie en Bretagne et qui se rapproche beaucoup de la version bourbonnaise.


Source : LES CONTES POPULAIRES DU BOURBONNAIS de Paul DUCHON (1945)


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



© Copyright 2011 -- Réalisation et Design Trifiro-Développement -- Contenu du site Internet Responsables Communication de la Mairie de Ferrières sur Sichon --