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 Les légendes ... 

Il était une fois … en Montagne Bourbonnaise …



LA GROTTE DES FEES


LE GEANT DU BOIS BOUDET


Dans le fond de la grotte, un bloc de rochers représente assez confusément la forme d'un homme soutenant la voûte sur ses épaules.

On raconte que, jadis, un géant habitait le bois Boudet, situé en face de la grotte, de l'autre côté de la rivière où il faisait de grands ravages, s'emparant des boeufs et des moutons d'alentours.

Les fées, aussi bonnes que leur voisin était mauvais, lui jouèrent plus d'un tour pour soustraire les paysans à sa férocité.

Aussi le géant conçut-il, contre les fées, une haine profonde ; un jour, il pénétra dans leur grotte et tenta de faire écrouler la voûte en la soulevant sur ses épaules.

Les fées, l'ayant aperçu, allumèrent un grand feu de balais, à l'entrée de la grotte. Le géant mourut asphyxié et le rocher qui soutient aujourd'hui la voûte représente son corps resté en place et pétrifié dans son dernier sommeil.

 


 

LA NYMPHE ET LE FAUNE

 

Vers l'entrée de la grotte un rocher allongé représente une femme enveloppée dans un linceul. Un jour la plus jeune des habitantes de la grotte se baignait dans le Sichon quand elle fut aperçue par un être bizarre moitié homme, moitié animal.

Séduit par la beauté de la baigneuse, le faune résolut de l'enlever. La jeune fée, très effrayée s'enfuit à toutes jambes, serrée de très près par son ennemi qui l'atteignit juste au moment où elle entrait dans la grotte. Pour lui échapper, elle se changea en pierre et prit la forme d'une nymphe.

 


LA PRINCESSE ORIENTALE


A l'intérieur de la grotte un énorme bloc de pierre désigné sous le nom du rocher du chameau est également l'objet de la légende.

Autrefois, vivait quelque part en Orient ,une jeune princesse de la plus grande beauté. Ses parents voulaient lui faire épouser un chevalier qu'elle n'aimait pas. Comme on ne cessait d'insister pour qu'elle se décidât et que même on la menaçait des plus cruels châtiments si elle persistait dans son refus, elle s'enfuit du logis paternel et se dirigea vers l'ouest sans bien savoir où elle allait.

Après avoir marché des jours et des nuits, elle finit par arriver dans la Montagne Bourbonnaise où les braves fées prenant pitié de sa fatigue et de sa détresse la secoururent et la recueillirent dans leur grotte. Là,  elle ne manqua de rien et, connut  la paix et la tranquillité, mais hélas ce ne fut pas pour longtemps.

Un jour, en effet, qu'elle se reposait au bord du Sichon, elle vit soudain apparaître un officier de son père suivi de plusieurs soldats.

Comprenant tout de suite que cette caravane était à sa poursuite, elle poussa un cri de terreur et se mit à courir dans la direction de la grotte afin de s'y  cacher et d'échapper à ses ravisseurs.

Une vieille fée entendit ses cris et accourut à son secours. Elle arriva juste au moment où l'officier atteignait la princesse et tendait la main pour la saisir. Voyant  le danger que courait sa protégée, la fée arracha du sol un gros quartier de rocher et le lança avec force sur la tête du soldat qui fut écrasé et tué sur le coup ainsi que sa monture. Ils furent ensevelis sous les débris du rocher qui les recouvrit comme un manteau de pierre et forma ainsi le bloc que l'on voit à l'intérieur de la grotte des fées.

Avec des talents de poète, Pierre Encize dont le véritable nom était l 'abbé Perrault, curé de Ferrières de 1884 à 1919 nous relate cette légende à sa manière dans les annales bourbonnaises de 1891.

"Connais-tu le pays où fleurit l'oranger? Plus loin que le désert, plus loin que la Perse, les Indes et les palmiers d'Arabie , dans ces régions fortunées, régnait jadis une aimable princesse on l'appelait "SPLENDIDE" et c'est à juste titre, car elle avait pour elle la séduction de ses attraits naturels et les dons si précieux de l'esprit et du coeur. Elle avait la taille mignonne, la main fine, le pied léger, la grâce de la Belladonne et la souplesse du bleuet. Oh ! qu'elle était heureuse dans son palais de cristal, sous un ciel enchanteur ! Joyeuses campagnes, jardins parfumés, douces chansons du bengali, vous charmiez ses loisirs. Un jour dit-on, jour à jamais funeste, le fils d 'un roi voisin s'ennuya d'être seul; ses yeux bleus se voilaient comme une aurore en pleurs. Pourquoi se montrer insensible? Demandez à l'oiseau pourquoi la liberté remplit ses aspirations dans l'azur? "SPENDIDE" était vierge et voulait le rester, en conservant pour elle cet empire sans limites, ces immenses richesses, ces diamants, ces rubis, ces topazes et ces perles sans nombres qu'on apportait pour un sourire. Au lieu de se décourager, le prince multiplia ses instances. Peu à peu les sollicitations devinrent si pressantes que la pauvrette ennuyée dut s'enfuir à la hâte vers des rives inconnues. Bien long fut le voyage mais la fée des vertus veillait sur elle .Ni le vent, ni les orages, ni  la fureur des tempêtes, ni la barbarie des peuples sauvages n'arrêtèrent, un instant, cette enfant du soleil ; elle allait , visitant les cités et les temples, les tombeaux des grands hommes et les merveilles de l'univers, cherchant partout le repos, l'indifférence ou l'oubli. L'oubli, hélas ne pouvait revenir, car elle n'était jamais seule. Le chevalier la suivait comme une ombre. Un soir, cependant, guidée par je ne sais quelle influence mystérieuse, elle réussit à tromper la surveillance de son gardien fidèle; c'est alors qu'elle arriva à nos régions. La vue de nos montagnes, la solitude de nos vallons boisés lui plurent, elle résolut d'y fixer sa demeure. Combien de temps dura ce séjour, nous l'ignorons encore; la tradition nous apprend seulement que la noble exilée retrouvait au pays les plaisirs de l'âge d'or. On est si bien sous la coudrette. Quand le pinson chante en été ! Mais le bonheur fut comme un songe, c’est une rose qu'on effeuille en passant; déjà le printemps brille. Les lilas sont en fleur et les oiseaux joyeux parmi les rameaux verts, ne cessent de redire la fraîcheur de la brise et la beauté des cieux. Près du gour, dans la nappe argentine, la jeune fille insouciante se mire avec lenteur, elle arrange, en couronne, ses tresses soyeuses de sa chevelure ondoyante et s'occupe ingénument des minutieux détails de sa toilette matinale, rêvant peut-être à l'hirondelle, peut-être aux illusions de son coeur endormi. Tout à coup, devant elle, oh malheur ! se dresse un étranger cynique. Où fuir où se cacher ? Le ravisseur s'élance, il vole, il va saisir sa proie. Soudain le roc s'ouvre et la fugitive effrayée se précipite vers ce nouvel asile ; déjà le prince allait l'atteindre, quand la jeune fille, inspirée  par les dieux, prit le parti de s'effacer modestement sur les parois de la grotte ; c'était là son salut, car aussitôt la fée du lieu s'empressa de jeter sur elle, un de ces lourds manteaux de granit qu'elle réservait pour les circonstances difficiles. Pauvre martyre on raconte au village qu'elle n'eut pas d'agonie, je serai tenté de le croire, vu la rapidité de sa métamorphose. C'est au même endroit que nous la contemplons encore fièrement drapée de ce peignoir d'un nouveau genre;  à ses pieds dort le prince, sous la forme d'un énorme bélier; plus loin vous voyez s'arrondir un long bloc avec les apparences indécises d'un animal énervé ... on prétend que c'est l'écuyer. Le corps est là dit la légende, mais l'âme est au séjour des élus, probablement vers les Champs-Elysées ; en vérité c'est justice les goutelettes qui scintillent et qui tombent sont les larmes des ondines qui viennent en silence pleurer sur le tombeau de leur soeur bien aimée; avec elles, viennent aussi gémir des dryades et les hamadryades, puissantes reines de nos bois, qui prêtent généreusement l'ombrage de leur beaux frênes à ces rochers désormais célèbres."


 


LE ROCHER DE PIERRE ENCIZE

 

Venons en au site de Pierre Encize. La légende raconte qu’un jour, on ne sait trop pourquoi, les fées de chez nous résolurent d’inonder FERRIERES et CUSSET. Pour atteindre leur but, elle élevèrent un énorme barrage vers la chapelle de Pierre Encize et les eaux du Sichon, contrariées dans leur cours, formaient déjà le plus bel étang qu’on eût jamais vu. Le travail avançait toujours. Quand il fut terminé la plus jeune des fées s’écria : «Enfin, désormais, nous voilà sûres de la réussite.» - «Si Dieu le veut, répondit sa voisine» - «Que Dieu veuille ou non, répartit la première, je garantis le succès.» Au même instant le barrage creva et la méchante fée fut changée en serpent. Sans cet affreux blasphème, CUSSET ne serait plus qu’un souvenir. Ce serait dommage, n’est ce pas mon ami ?

 

 


MONTGILBERT


La légende du sire démoniaque


« Pendant des siècles, devant l’âtre, aux longues veillées d’hiver, que de légendes on a contées sur les seigneurs de Montgilbert ! Celle que voici me fut transmise par une vieille demoiselle, qui serait aujourd’hui centenaire, et dont l’extrême bonté s’assaisonnait de malice. Elle vivait au milieu des souvenirs d’autrefois, mêlant au réel un peu de fantastique, mais en proportions si exactes et si sûres que le merveilleux semblait tout naturel.

C’était aux temps lointains dont les parchemins d’archives, même les plus anciens n’ont jamais conté les événements. Il y avait alors un seigneur de Griffier, d’âme très noire et de corps gigantesque. C’était un vrai bandit, ivrogne et salace, un tyran sanguinaire mais jovial quand il avait bu. Toujours par monts et par vaux, poussé par ses instincts de carnage et de viol, il ne rêvait que combats singuliers et fructueuses expéditions, d’où il revenait toujours vainqueur et chargé de butin.

Ce mécréant ne respectait aucun précepte de Dieu, ni de l’Eglise et peut-être avait-il cédé son âme au diable, comme on le chuchotait aux alentours. Les femmes prétendaient que dans le pacte conclu entre lui et le Très-Bas, il devait s’abstenir de toute bonne action, moyennant quoi Satan lui réservait puissance et domination sur toute la contrée. Et comme c’est une loi du Satanisme que les élus du Mal descendent jusqu’à la dernière des marches du péché, ce réprouvé se livrait à d’affreuses ripailles et, entre deux rasades, sa chair en tumulte se plaisait à voir le sang couler.

Cachons-nous, et que Dieu nous protège ! disaient en se signant les rustres qui entendaient le galop lointain de l’homme de fer. Le peuple effaré le voyait toujours accompagné de méchantes fées et de génies malfaisants, et quand il était passé dans un hameau, on entendait « moult lamentations » et les hurlements des familles dont le toit de chaume flambait. Faire le mal était source pour lui, de terrifiants délices, et il se complaisait dans ses monstrueux forfaits, entrant ainsi de plain-pied dans la dernière ténèbre du Mal.

Un jour, Griffier allait partir en chasse dans les forêts qui entouraient Montgilbert, forêts noires et épaisses, profondes, telles qu’on en voit encore autour du Montoncel, quand il vit un moine mendiant s’approcher du pont-levis. D’un bond il fut sur lui, le renversant lourdement du poitrail de son cheval. C’était l’automne : les feuilles empourprées tombaient sur l’homme farouche, qui se croyait mouillé par une pluie de sang, parmi les huées stridentes des vents.

Moine, que viens-tu faire au manoir de maudit ? Tes Pareils m’ont nommé le Seigneur Satan. L’ignores-tu ?

Messire, excusez-moi. J’ai cru que vous ne refuseriez pas de soulager une détresse.

De la pitié, moi ! … Vraiment tu tombes bien.

Le soudard éclata d’un rire infernal. Une fois de plus, sa férocité, altière et sombre, allait dépasser les limites des passions communes.

Vous autres, cria-t-il à ses valets, saisissez-vous de ce frocard et enfermez le dans la plus noire oubliette. Sa règle lui prescrit l’abstinence : eh bien ! il va jeûner. Et si quelqu’un va lui porter des vivres, il partagera la flambée de bois sec que je réserve à cet hôte de choix.

L’inconcevable monstre partit, en grognant un blasphème, avec l’exaltation de plonger, tête baissée, dans les gouffres du mal ; et quand sa haute taille de carnassier émergeait au tournant d’un chemin, un flux de joie désordonnée l’envahissait à la vue des paysans qui fuyaient, pour se tapir derrière les haies où s’enfermer dans les chaumières. C’est ainsi qu’il passait dans le désert des villages clos, écrasant les opprimés et les faibles.

Cette fois, sa chevauchée l’entraîna vers le val d’Allier, et on ne le revit de huit jours au château. De retour, il se fit amener la victime enchaînée, et d’avance son âme foncièrement scélérate, éprouvait le plaisir exaltant de pouvoir faire languir le pauvre moine dans les souffrances. Or il trouva son prisonnier en excellent état, frais et normal comme un homme qui n’aurait manqué de rien.

On a bravé mes ordres, ici, chez moi, cria-t-il exaspéré. Par le diable, je saurai bien découvrir ton protecteur, et vous serez tous deux sur le même bûcher.

Or le complice était sa fille, douce et fine créature de vingt ans, qui n’avait plus sa mère, et que nul chevalier n’osait demander en mariage, bien qu’elle fut extraordinairement belle, tant l’horreur et la crainte inspirés par le sire étaient grandes. Elle s’ingéniait, discrètement et pour l’amour de Dieu, à réparer le mal ordonné par Griffier.

Elle se présenta d’elle-même, tête haute et très pâle, devant lui : quand elle eut avoué, très simplement sans bravade, son geste charitable, le seigneur demeura comme figé, pendant que ses hommes atterrés gardaient un morne silence. Quelques minutes passèrent, effrayantes : lui, semblait ne rien entendre, ne rien voir, et d’un œil de somnambule, regardait ses doigts qu’il secouait, comme pour en laisser égoutter le sang. Mais il avait juré de les punir tous deux. Sa voix devint rauque pour donner l’ordre formidable, atroce : un bûcher fut dressé devant le donjon, après un instant d’affolement et de trouble chez ces hommes qu’aucun forfait, qu’aucune abjection, n’étonnait plus.

Mais nul autre que le sire démoniaque n’attacha les victimes au poteau, nul autre ne mit le feu au monceau de fagots, comme s’il eût voulu ajouter encore à l’amas des effrayantes boues dans lesquelles vivait son âme forcenée.

La flamme, haute et claire, monta. Mais au moment précis où elle allait atteindre les corps, un torrent d’eau, bien que le ciel fût serein, tomba sur le brasier qu’il éteignit.

Aux yeux épouvantés des hommes d’armes, la terre s’entrouvrit happant le criminel pour lui faire affronter l’effrayante colère de Dieu. Les chaînes, d’elles-mêmes tombèrent ; le moine implorant la miséricorde divine pour celui qui venait d’expier. Et depuis ce temps-là, si loin dans les vieux âges, c’est l’âme du maudit qui conduit la Chasse Maligne au fond des Bois Noirs.»


Source : « En Montagne Bourbonnaise – Au bon vieux temps » de Léon CÔTE ; imprimerie DUMAS à Saint Etienne (42) 9.4.1958

 


Le duel des colosses


Un autre sire de Griffier vivait à Montgilbert avec son frère, et tous deux ne rêvaient que batailles. Leur force était énorme : comme les preux de la Chanson de Roland, d’un seul coup d’épée, ils fendaient en deux un cavalier, et personne n’avait pu les vaincre en combat singulier. Avec impunité, ils dévastaient des régions entières, pillant et rançonnant toute la contrée.

Un jour, ils reçurent le cartel d’un gentilhomme inconnu, qui les provoquait, l’un après l’autre, en rase campagne.

Enfin ! ce n’est pas trop tôt, dirent les deux colosses qui, sûrs de triompher, acceptèrent le défi. Ils endossent l’armure massive que leurs écuyers pouvaient à peine soulever, et s’en vont au rendez-vous, avec un sentiment d’orgueilleuse sécurité. Mais voilà qu’en gravissant la pente qui monte chez Gentil, les chevaux bronchent et s’abattent ensemble, présage de défaite et de mort.

Mais ces hommes de fer n’avaient jamais reculé. Simplement, ils revinrent au château, pour embrasser leurs femmes et leurs enfants ; puis, ne voulant pas qu’un Griffier se vît accuser d’avoir peur, ils repartirent à travers les champs abandonnés et peuplés de loups. La rencontre eut lieu à la limite des terres d’Isserpent et de Châtel-Montagne, dans un vaste champ qui, depuis lors, fut nommé Terres rouges. Ils succombèrent l’un après l’autre dans ce combat sans merci, et ce sont les ruisseaux de leur sang qui rougirent le sol ferrugineux, dont la couleur encore aujourd’hui attire les regards du passant.

Dans ses « Légendes Bourbonnaises », le docteur Piquand donne une autre version de ce duel fameux.

On y voit un Griffier, assisté du sire de Pyramont, son voisin, pillard ardent et féroce comme lui, partir avec sa troupe de chenapans et de bandits pour enlever bétail et récoltes sur les terres d’Isserpent. Malgré la foule de leurs adversaires, ils sont vainqueurs et reviennent gorgés de butin.

Ils rentraient par les campagnes mortes, quand un conflit s’éleva pour partager leurs proies, et Griffier s’écroula, grièvement blessé. Alors, délirant d’orgueil, le vainqueur s’oublia jusqu’à provoquer le Démon en personne. Mais à peine avait-il lancé son défi devant ses soudards consternés, qu’un son lointain de cor venant des Bois Noirs le fit tressaillir. Presque aussitôt un cavalier, très droit dans son armure brunie, sembla sortir de terre et, visière baissée, épée en main, se planta devant lui, barrant la route.

Hagard, la figure trempée de sueur, Pyramont fut secoué d’un tremblement tel qu’il n’en avait jamais connu. Il voulut tirer son épée, mais déjà le chevalier noir était sur lui, et le choc infernal le fit rouler dans la poussière. Puis, son adversaire, posément descendit, lui enfonça son arme au défaut de la cuirasse, et disparut soudain. Un râle, et ce fut tout. Les hommes d’armes, qui chantaient et riaient l’instant d’avant, restaient comme figés et fous d’horreur, devant leur maître expirant.

La terre est demeurée couleur de sang, et parfois, dans la brume, sur la campagne endormie, quelque rêveur attardé croit entendre l’appel funèbre du cor, et ferme les yeux, pour ne pas voir le champion de l’enfer attendant sa victime.


Source : « En Montagne Bourbonnaise – Au bon vieux temps » de Léon CÔTE ; imprimerie DUMAS à Saint Etienne (42) 9.4.1958


Jeux cruels


Naguère encore les fileuses, en tirant sur leur quenouille, racontaient volontiers l’histoire d’un seigneur de Montgilbert, dont elles avaient oublié le nom, et qui vivait comme un loup dans sa tanière féodale. Un jour, pour s’amuser, il fit faire une fosse très profonde et sans pitié, ordonna d’y jeter un paysan de son domaine et un taureau de son étable, pour voir lequel des deux endurerait plus facilement les tortures de la faim. Le pauvre homme, dit le texte en patois que je traduis, suppliait son bourreau au nom de la Vierge, et l’animal beuglait à fendre le cœur ; mais le seigneur riait comme un démon. Peu à peu, les plaintes devinrent plus rares, et au bout de sept jours, le paysan mourut. Le taureau, qui avait léché le salpêtre des murs, vécut deux jours de plus. Le lendemain, concluait la narratrice, le tonnerre étendit leur bourreau.

Un autre sire de Montgilbert aimait beaucoup jouer de la cornemuse. Certain jour, il fit amener dans une vaste salle du manoir les plus beaux garçons et les plus gentes filles de la campagne et, au son de son instrument, les fit danser pieds nus. Tous y prenaient plaisir, comme on fait à leur âge. Mais, au plus fort de la danse, les valets, sur son ordre, lancèrent une pluie de charbons ardents sur les dalles. Les couples effrayés voulurent s’arrêter, mais l’impitoyable sire, continuant de jouer sur un rythme de plus en plus vif, les obligea férocement à piétiner le feu, et « s’esbaudissait des contorsions et grimaces d’iceux ».


Source : « En Montagne Bourbonnaise – Au bon vieux temps » de Léon CÔTE ; imprimerie DUMAS à Saint Etienne (42) 9.4.1958




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